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Travail partout, fric nulle part

Travail partout, fric nulle part

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On parle souvent de la génération Y comme une génération de fainéants, bons à rien, résignés à vivre dans une économie en berne, des cdd minables et une fiche de paye qui tire salement la geule à la fin du mois. Honnêtement, je crois qu’il y a surtout un hiatus sur l’image qu’on se fait du travail et de la productivité en général. Bien sûr, on trime moins au sens physique du terme. Personnellement, je passe souvent la plus grande partie de ma journée de travail au pieu (un sujet croustillant, je vous l’accorde, qu’on se réservera pour un prochain article).  Donc oui, si mon grand père, qui a passé une partie de sa vie à trimer dans une usine à bosser à la chaîne comme un vrai galérien, me voyait aujourd’hui, en pyjama, la radio en fond sonore et les pieds en éventail (mais en train de taper frénétiquement sur mon clavier, seule activité physique de ma journée pour le moment), il se dirait sûrement que je n’en glande pas une et que franchement, ça ne lui aurait pas déplu d’être à ma place de temps en temps.

 

Le problème c’est que, sans vouloir me vanter, je ne vois pas une grosse corrélation (attention les grands mots), entre le temps que je passe à bosser (et accessoirement répondre à des appels d’offre pour rapporter de nouveaux clients) et le salaire que je me verse à la fin du mois. En fait, j’ai même l’impression que je me suis pris les pieds dans le piège de l’économie 0 euro un paquet de fois depuis que je suis sortie de la fac.

  1. J’ai commencé par me faire exploiter en stage: classique. On a tous connu ça, les stages qui ne sont en fait que des postes déguisés et dans lesquels on trime toute la journée en cavalant plus ou moins consciemment après une énorme carotte : celle d’un job futur une fois nos 6 mois d’esclavage terminés. Bien sûr, un job qui ne viendra jamais et vous laissera terriblement amer pendant votre pot de départ.
  2. J’ai enchaîné avec la deuxième plus grosse arnaque qui existe aujourd’hui en terme de contrat de travail, à savoir le Service Civique. Honnêtement, celui qui nous a pondu ça a sûrement dû bien se marrer. Grossièrement, on a trouvé le moyen de donner la possibilité à des organismes (sous le couvert du secteur de la charité) mais aussi de plus en plus à des entreprises lambda, d’engager des personnes diplômées, donc au moins capable de faire 2 3 trucs autres que le café et les photocopies, pour uniquement 100 euros par mois. Jackpot! Je remplaçais un énième service civique, ce coup-ci persuadée qu’il n’y aurait rien pour moi à l’arrivée mais bon, faute de mieux je me suis laissée tentée.
  3. Et puis le dernier échelon sur la pyramide de la précarité, le sommet de la chaîne quoi: je me suis mis en auto-entrepreneur et j’ai commencé à bosser en Freelance. On a déjà parlé des avantages, il y en a énormément et je ne vais pas cracher ici dans la soupe. Sauf que tout le monde le sait, être freelance c’est finir par se cogner salement contre un plafond de verre. Et donc se résigner à ne jamais voir son salaire dépasser les 2000 euros. En bossant dans un coworking, où les autres galériens de mon espèce se regroupent pour se tenir chaud, j’ai rencontré une fille qui approchait les 40 et gagnait approximativement autant que moi… perspective d’avenir 0.

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En fait, on se retrouve dans un système où la possibilité de grimper est presque nulle et où, entre tests non payés et crowdsourcing bénévole, on bosse pratiquement 20-30% de sa journée pour pas une cacahuète. Et je te parle pas des vacances inexistantes (car au pays du freelancer, le congé payé n’est qu’un doux mythe). Concrètement, j’ai beaucoup bougé cette année mais je l’ai toujours fait avec mon pc dans le sac et une bonne partie de la journée passée à bosser.

 

Entre écriture de post sur des blogs qui ne rémunèrent pas leurs contributeurs et autres clients fumeux qui me proposent de bosser à la commission (sur des projets qui ne verront vraissemblablement jamais le jour), j’ai souvent l’impression qu’on me prend pour une truffe !  On est dans l’économie du 0euro, habitués à consommer pour pas un radis, à télécharger des applis gratuites et à regarder des films en streaming. Et je sais qu’en montant ma boite sur internet, je vais moi-même lutter pour essayer d’expliquer à un utilisateur lambda pourquoi j’appliquerai des commissions, non pas pour m’engraisser sur son dos mais simplement pour pouvoir rémunérer mon travail, qui non, n’est pas gratuit.
Bref, je ne perd pas complètement mon optimisme et mon rêve de lendemains qui chantent (en dollar majeur, svp), mais je me dis qu’au rythme où je suis partie, il est temps de prendre un sacré virage si je ne veux pas m’emplafonner direct dans un mur.

Et, puis bon, y a quand même pire , comme cette femme payé à sentir les aisselles des patients…

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